J’haïs mourir. Je déteste toutes ces petites morts que la vie m’impose. La tristesse, le désarroi, la colère, le déni et toute la patente : je m’en débarrasserais bien.
« Notre société a perdu le sens de la perte » ai-je l’habitude de mentionner en conférence. En le disant, une petite voix me demande systématiquement : « L’avons-nous même déjà eu ? », en dehors de quelques ascètes.
En fait, vaincre la mort est un des plus vieux fantasmes de l’humanité. Nos premiers textes, écrits il y a 4000 ans, en sont déjà empreints. Par exemple, l’Épopée de Gilgamesh, possiblement notre premier « roman » : Gilgamesh part à la conquête de la vie éternelle suite à la mort de son meilleur ami.
Cette épopée ancestrale nous démontre que ce n’est pas le christianisme, l’athéisme, le relativisme ou le matérialisme qui ont semé ce désir de tuer la mort en Occident. Ils l’ont nourri, mais ils ne l’ont pas semé. Il était déjà là, enraciné dans notre reptilien comme tous les mammifères, mais largement amplifié par notre capacité d’abstraction.
Et pourtant. De toutes les pierres rejetées par les bâtisseurs qui sont devenues des pierres d’angle, la mort est LA pierre d’angle la plus spectaculaire. Et primordiale. Le grain tombé en terre doit mourir nous disait Jésus il y a 2000 ans. Aujourd’hui, nous savons : le grain ne meurt pas, il se transforme. Cela dit, philosophiquement parlant, il meurt à son état de graine.
Que se passerait-il si la petite graine commençait à réagir comme nous ? « Non non non j’veux pas mourir ! Moi j’aime la vie, Moi j’aime ma vie ! J’suis une graine : j’reste une graine ! » Que se passerait-il ? Rien. Fini. Fini le blé, les pommiers et les pissenlits.
Voilà pourquoi Jésus a magnifié l’importance de la mort, jusqu’à montrer dans quel esprit la vivre afin de voir son propre décès être aussi fructueux que celui d’un grain de blé. Et pourtant, même ses plus proches disciples ont voulu voir en Jésus celui qui avait vaincu la mort. Comme si mourir était une punition. Il n’en est rien.
Comment puis-je en être sûr ? Je connais les bonheurs d’être contemplatif. Quand on s’imprègne de tous les soubresauts de la vie, un constat est inévitable :
« Chaque naissance a BESOIN d’une mort. Chaque mort est suivie d’une MULTITUDE de naissances. »
A BESOIN. Ce n’est pas une option. C’est vrai du point de vue psychologique. C’est un classique : chaque petite mort nous permet de renaitre. Chaque fois que nous quittons le connu pour l’inconnu, chaque fois qu’un Connu nous quitte pour l’inconnu, nous apprenons à mourir comme une graine de blé : avec une surabondance de vie au bout.
À condition de vivre le deuil jusqu’au bout, comme de raison. Jean Monbourquette, prêtre psychologue spécialiste du deuil, avait si bien résumé le tout dans le seul titre d’un livre : « Aimer, perdre, grandir ».
C’est vrai aussi du point de vue physique, palpable : chaque branche morte se voit recouverte de champignons. Chaque soleil qui explose donne naissance à des milliers d’étoiles. DES MULTITUDES.
Nous le savons, mais… Il semble y avoir au cœur de l’histoire de l’humanité une incapacité à vivre ses deuils. Un réflexe nous poussant à repousser nos deuils. Comme si la nuit, l’hiver, l’absence de lune, le sommeil, la marée basse et l’expiration étaient des encombrants. Comme si le dépouillement était associé à la défaite. Comme si le pommier, l’hiver, était humilié.
Je ne le dirai jamais aussi simplement et clairement que ces 4 petits mots que j’ai écrits parmi des milliers de mots lors d’un voyage d’un an sur les routes de l’Inde et de l’Europe :
LA MORT EST VITALE.
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