1 000 ! Le 26 septembre 2026, j’ai célébré les millièmes funérailles personnalisées de ma « carrière ». Dans la semaine qui précède chacune des cérémonies, je rencontre quelques membres de la famille. Des échanges toujours pop-corn, qui partent dans toutes les directions au fur et à mesure qu’un souvenir en appelle un autre. C’est fou tout ce qu’on peut apprendre sur une personne en deux heures !
À tout coup, je commence en demandant quelles étaient les valeurs les plus importantes de la personne décédée. « La famille ! » À 98% du temps, c’est la réponse qui sort en premier. « Donnez-moi un exemple concret de cet amour, de ce dévouement pour la famille. » C’est là que ça devient intéressant. C’est là que je plonge dans la particularité de la vie de cette personne.
Passions, loisirs, voyages ; films, musiques ou lectures préférés ; nourriture, bons coups et mauvais coups : j’ai la satisfaction d’écrire assez vite pour capter pas mal tout ce que les gens me disent et surtout de le taper tel qu’ils me le racontent.
J’ai réalisé dernièrement que c’était un de mes plus grands plaisirs : mon niveau de langage, mes expressions, mon rythme s’adaptent à la personne et à sa famille, puisque je réutilise continuellement leurs propres mots. Ça a pour effet de créer une impression de grande intimité avec le disparu. L’absent devient présent.
Une de mes forces : insuffler une dose de légèreté à des moments opportuns. Récemment, j’ai célébré pour un fan fini de l’émission « The prize is right ». Au cœur de la cérémonie, j’ai intégré le thème musical de l’émission culte, une surprise pour la famille. Et la fille du défunt de me dire après la cérémonie : « Ça m’a fait tellement du bien ! Avant ça, tout était lourd et j’étais tellement mieux après… »
S’il y a un conjoint ou une conjointe, j’adore raconter le moment de la rencontre. Dans le cas du décès de personnes âgées, il n’est pas rare que les petits-enfants découvrent pendant la cérémonie que grand-maman avait rencontré grand-papa dans une danse, un magasin, au travail, à l’école ou « en faisant la Well » pour les gens de Sherbrooke. Certains ont même eu la surprise d’apprendre que tout avait commencé alors que leurs grands-parents jouaient à la bouteille avec des amis dans un sous-sol !
Dans les funérailles, tristesse et douleur sont déjà présentes. En tant que célébrant, je n’ai pas besoin d’être mortifère et d’en rajouter une couche. Tant et aussi longtemps qu’ils sont connectés sur la vie de la personne décédée, les rires et les sourires ouvrent les cœurs ; les larmes qui suivent sont bien différentes. Plus douces. Plus sereines.
Au final, ça donne des cérémonies qui font du bien. Comme un baume. Ça ne fait pas disparaître la blessure, mais ça aide à la guérison.
Grand merci à toutes ces personnes avec qui j’ai eu l’occasion de réfléchir, penser, ré-apprivoiser la mort au cours de ma vie.
Grand merci aussi à la Coopérative funéraire de l’Estrie de m’avoir fait confiance en 2013. Sur 1000 funérailles, 98% l’ont été dans la chapelle lumineuse du Complexe (voir photo).
Et pour finir, merci à toutes ces personnes qui s’investissent dans la préparation des cérémonies, que ce soit par amour, par reconnaissance ou par devoir.